Assurance & immobilier au Maroc : comment les nouvelles obligations redéfinissent la sécurité des investissements
RC décennale, TRC, RCMS… Mohamed TAHIRI, Directeur général d’Assurances Atlantique Sud, décrypte l’impact des nouvelles obligations assurantielles sur la sécurisation des projets et des entreprises au Maroc.
LE CERCLE DES EXPERTS
Rédaction Atlas Original
5/22/20266 min read
Depuis 2024, le secteur immobilier marocain a franchit un cap décisif avec la généralisation de nouvelles obligations assurantielles, notamment la Responsabilité Civile Décennale et la garantie Tous Risques Chantier (TRC).
Dans un contexte marqué par la complexification des risques, l’évolution des cadres réglementaires et les incertitudes économiques et géopolitiques, ces dispositifs s’imposent comme des piliers de sécurisation des investissements et de protection des acteurs du marché.
Mais au-delà de leur caractère obligatoire, quel est leur impact réel sur la gestion des projets, la continuité d’activité ou encore la protection du patrimoine des dirigeants ? Pour décrypter ces enjeux, nous avons interrogé M. Mohamed TAHIRI, Directeur général de la société Assurances Atlantique Sud, qui apporte son éclairage sur les transformations en cours et les nouvelles stratégies à adopter pour concilier croissance et maîtrise des risques à l’horizon 2026.


Historiquement, le rôle d’une couverture d’assurance est de préserver le patrimoine de l’assuré et de garantir les droits des tiers exposés à un risque.
Dans le cas spécifique d’un chantier de construction, elle permet de protéger l’investissement du maître d’ouvrage contre les aléas pouvant survenir pendant la réalisation du projet.
En cas de sinistre, ces garanties assurent non seulement la sauvegarde du capital engagé, mais aussi l’indemnisation des tiers éventuellement touchés par les dommages.
Le Maroc, engagé dans une dynamique de développement tous azimuts, se doit ainsi de mettre en place un arsenal juridique et assurantiel robuste afin de sécuriser les intérêts de l’ensemble des intervenants du secteur immobilier.
Le secteur immobilier au Maroc connaît une mutation profonde avec l’obligation, depuis 2024, de la RC Décennale et de la « Tous Risques Chantier » TRC. Selon votre analyse, quel est l’impact réel de ce nouveau cadre sur la sécurité financière et l'indemnisation des maitres d’ouvrage ?
Pour l’ensemble des intervenants d’un chantier (maître d’ouvrage, architecte et prestataires) la priorité est de pouvoir se consacrer pleinement à leurs missions sans être paralysés par la crainte d’un risque assurable.
Une couverture Tous Risques Chantier efficace leur offre cette sérénité en garantissant la reprise rapide des travaux en cas de sinistre.
Grâce à la vigilance et à l’accompagnement des assureurs en amont, pendant et après la survenance d’un événement dommageable, l’investisseur maîtrise mieux les conséquences techniques, financières et opérationnelles du projet.
Cette continuité encadrée réduit les incertitudes, sécurise les délais et renforce la fiabilité globale de l’opération de construction.
La garantie Tous Risques Chantier TRC intervient sur des aspects techniques et contractuels variés. Quelles sont, d’après votre expérience, les conséquences opérationnelles majeures qu’un investisseur peut mieux gérer grâce à cette couverture lors d’un projet ?


L’un des principes fondamentaux de l’assurance est qu’elle n’a jamais vocation à constituer une source d’enrichissement : l’indemnisation ne peut en aucun cas dépasser le montant réel de la perte subie.
En revanche, grâce au professionnalisme des experts, à la qualité des offres et à une évaluation rigoureuse des dommages, il est aujourd’hui beaucoup plus simple de chiffrer précisément les dégâts touchant l’ouvrage ainsi que les montants que le maître d’ouvrage devra verser aux tiers sinistrés.
Dans cette logique, la garantie « Pertes d’Exploitation » occupe une place stratégique.
Elle permet de négocier un capital et une période d’indemnisation adaptés, couvrant tout ou partie des charges fixes supportées par l’entreprise pendant la phase d’arrêt ou de reconstruction, et contribue ainsi directement à la continuité de son activité et à la préservation de sa trésorerie.
Au-delà des dégâts matériels, l’arrêt d’activité représente souvent un défi majeur pour la trésorerie. Quel est, selon votre expertise, l’enjeu réel de la garantie « Pertes d’Exploitation » dans la stratégie de continuité d’une entreprise pendant sa phase de reconstruction ?
Comme les autres garanties d’assurance qui participent à l’équilibre et à la continuité du tissu économique face aux aléas du quotidien, la RC Mandataires Sociaux (RCMS) joue un rôle central dans la protection des dirigeants.
Elle a pour objet de couvrir la responsabilité de gestion du dirigeant vis-à-vis des associés et de la pérennité de l’entreprise, lorsqu’une décision de management se révèle préjudiciable.
Dans un contexte de durcissement réglementaire et d’exigences accrues en matière de gouvernance, une mauvaise décision de gestion peut entraîner des conséquences financières lourdes, mettant en jeu non seulement les actifs de la société, mais aussi le patrimoine privé du gérant.
La RCMS vient précisément sécuriser ce maillon sensible, en offrant un rempart financier et juridique au dirigeant face aux recours potentiels.
La "RC Mandataires Sociaux" (RCMS) est un sujet de plus en plus discuté au sein du patronat. Quels sont les enjeux liés à la protection du patrimoine personnel du dirigeant face aux évolutions réglementaires et aux responsabilités civiles actuelles ?


La raison d’être de l’assurance est d’accompagner les assurés dans leurs pires scénarios, lorsque leurs activités et leur trésorerie sont les plus exposées.
Dans ce contexte, le rôle de l’intermédiaire d’assurance est déterminant : il doit conseiller son client pour structurer une couverture réellement adaptée à ses besoins, quitte à négocier le rachat de certaines exclusions prévues dans les conditions générales standard, comme par exemple le risque de guerre, généralement exclu d’office.
Dans un environnement marqué par l’instabilité géopolitique et la fragilité de certaines routes commerciales, à l’image du détroit d’Ormuz, ces ajustements contractuels deviennent essentiels pour les exportateurs marocains.
Lorsque le contrat le prévoit, toute atteinte ou dommage subi par la marchandise ou par le moyen de transport peut être garanti, ce qui sécurise à la fois la continuité des flux logistiques et la trésorerie de l’entreprise face à des événements imprévisibles.
L'instabilité géopolitique, notamment dans des zones comme le détroit d'Ormuz, souligne la fragilité des routes commerciales. Quel rôle joue l'assurance dans la sécurisation des flux logistiques et de la trésorerie des exportateurs marocains face à de telles incertitudes ?
Face à la complexité croissante des risques et à l’incertitude économique, les chefs d’entreprise ont plus que jamais l’obligation de s’entourer de spécialistes dans tous les domaines qui impactent leur activité, à commencer par le risk management et l’assurance.
Disposer d’un courtier en assurance dédié, expérimenté sur le risque entreprise, disponible et réactif, devient une priorité stratégique pour concilier croissance et maîtrise des imprévus à l’horizon 2026.
Concrètement, cette approche passe par un audit annuel approfondi du portefeuille d’assurances afin de vérifier l’adéquation des garanties avec l’évolution du business model, des investissements et des nouveaux risques.
Chaque échéance ou changement significatif dans la vie de l’entreprise doit être l’occasion de renégocier les conditions, d’optimiser les primes et de combler les angles morts de couverture, pour bâtir un dispositif de protection réellement aligné avec les ambitions de développement, au Maroc comme à l’international.
Face à la complexité croissante des risques, quelle approche conseillez-vous aux chefs d'entreprise pour concilier leurs ambitions de croissance nationale avec une maîtrise efficace des imprévus à l'horizon 2026 ?
