Francophonie économique : la vision de Stéphane Tiki pour renforcer les échanges entre les entreprises
Stéphane Tiki, Vice-Président du Groupement du Patronat Francophone, évoque les défis de la francophonie économique, les PME et l'intégration en Afrique.
ÉCONOMIE
Rédaction Atlas Original
8/17/20266 min read
Dans un monde où les échanges économiques dépassent de plus en plus les frontières, la coopération entre les pays francophones constitue un véritable levier de développement pour les entreprises. Depuis près de quarante ans, le Groupement du Patronat Francophone accompagne les PME, les TPE, les ETI et les start-up dans leur internationalisation et favorise les partenariats économiques au sein de l'espace francophone.
Pour mieux comprendre les ambitions de cette organisation, nous avons rencontré Stéphane Tiki, Vice-Président du Groupement du Patronat Francophone. Il revient sur les missions du Groupement, les initiatives mises en œuvre pour renforcer les échanges entre les entreprises francophones, les défis liés à la mobilité des entrepreneurs et à l'intégration économique en Afrique, ainsi que sur le rôle déterminant des PME et de la jeunesse dans la croissance du continent.


Stéphane Tiki
Vice-Président du G.P.F
Le Groupement du Patronat Francophone existe depuis 1987. Il est aujourd'hui le premier réseau d'affaires francophone au monde et accompagne près de deux millions de PME.
Notre mission est de faciliter le développement des entreprises dans l'ensemble de l'espace francophone. Nous les accompagnons dans leurs projets d'implantation et de croissance à l'international, qu'il s'agisse d'échanges Nord-Sud, Sud-Sud ou Sud-Nord. Au-delà du partage d'une langue commune, notre ambition est de créer des opportunités économiques concrètes en accompagnant les PME, les TPE, les ETI et les start-up.
Quelle est aujourd’hui la mission principale du Groupement du Patronat Francophone et comment a-t-elle évolué depuis sa création ?
L'accompagnement des entreprises constitue le cœur de notre action. Nous intervenons dans des secteurs stratégiques tels que l'agriculture, la formation, le numérique, l'intelligence artificielle, la culture ou encore le sport.
Parmi nos principales initiatives figure le Forum International des Entreprises Francophones (FIEF). La dernière édition s'est tenue à Brazzaville et a réuni des entreprises venues notamment du Canada, de la Roumanie, de la Moldavie et de la France afin de favoriser les partenariats avec l'écosystème économique congolais.
L'année précédente, nous avions organisé une édition similaire à Abidjan. À chaque fois, notre objectif est de mettre en relation les entreprises francophones avec les acteurs économiques locaux afin de répondre aux besoins des marchés et de favoriser le développement des échanges.
Quels sont les principaux axes d’action et projets concrets que le Groupement a déjà mis en place pour renforcer les échanges économiques entre les pays francophones ?


Notre plus grande fierté est de voir les entreprises que nous accompagnons grandir.
Je pense notamment à une entrepreneure sénégalaise qui exerçait dans le secteur informel. Nous l'avons accompagnée dans la création de son entreprise, puis dans son intégration au patronat sénégalais. Aujourd'hui, elle dirige une PME employant plus d'une dizaine de collaborateurs.
Ce type de parcours illustre parfaitement notre mission : accompagner les entrepreneurs dans leur structuration, favoriser leur développement national puis international et contribuer à la création d'emplois.
Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier jusqu’à présent, en tant que mouvement du patronat francophone ?


Le premier défi consiste à mieux connecter l'offre et la demande. Beaucoup d'entreprises souhaitent s'implanter à l'international sans toujours bien connaître les marchés qu'elles ciblent.
Nous devons également rapprocher les entrepreneurs des décideurs afin de faciliter leurs projets d'implantation. Le Groupement réunit des entreprises, des chambres de commerce et des organisations patronales. Notre rôle est de créer des synergies entre ces différents acteurs.
Lors du FIEF organisé à Brazzaville, plusieurs organisations patronales se sont ainsi réunies afin de favoriser l'implantation des entreprises, soutenir l'emploi local et encourager la transition de l'économie informelle vers une économie plus structurée.
Quels sont les principaux défis que rencontre le Groupement dans la mobilisation des entreprises et des institutions au sein de l’espace francophone ?
L'un des principaux enjeux reste la mobilité des entrepreneurs.
Nous portons l'ambition de voir émerger, à terme, un passeport ou un visa francophone qui faciliterait les déplacements au sein de l'espace francophone.
Aujourd'hui, les contraintes administratives constituent encore un frein au développement des échanges, notamment entre les pays africains. Renforcer la mobilité est indispensable pour accélérer les relations économiques Sud-Sud et permettre aux entreprises de se développer plus facilement au sein de l'espace francophone.
Comment le Groupement peut-il, selon vous, contribuer davantage à l’intégration économique et à la création d’opportunités pour les PME dans l’espace francophone ?
Le Groupement du Patronat Francophone soutient pleinement la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), qui constitue un levier majeur pour renforcer l'intégration économique du continent.
Nous sommes convaincus que les communautés économiques régionales peuvent construire ensemble des solutions adaptées à leurs enjeux communs. La libre circulation des biens, des personnes et des capitaux est essentielle au développement économique de l'Afrique.
Nous encourageons également la création de PME et de start-up, qui représentent un moteur de croissance et de création d'emplois.
Enfin, il est indispensable de rapprocher les gouvernements, les établissements de formation et les entreprises afin d'adapter les cursus aux besoins du marché du travail. Aujourd'hui encore, de nombreux jeunes diplômés peinent à trouver un emploi correspondant à leurs compétences. Notre ambition est de leur permettre d'entreprendre, de créer leur entreprise et de bénéficier d'un accompagnement vers l'international.
Quelle est la position du Groupement du Patronat Francophone concernant l'intégration économique en Afrique, et comment percevez-vous le rôle des PME et de la formation des jeunes pour l'avenir du continent ?
Je tiens tout d'abord à saluer le travail réalisé par Atlas Original. Les médias jouent un rôle essentiel dans la valorisation des entrepreneurs, des entreprises et des initiatives économiques. Faire connaître les savoir-faire est indispensable pour soutenir le développement économique.
Je souhaite également rendre hommage au Maroc, dont le modèle de développement est aujourd'hui une source d'inspiration pour de nombreux pays africains. À travers ses infrastructures, sa stratégie logistique, son tourisme et sa vision économique, le Royaume démontre qu'un développement ambitieux est possible. Je tiens également à saluer le travail accompli sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi et des institutions marocaines.
À tous les entrepreneurs qui nous lisent, je voudrais dire que l'avenir économique de l'Afrique repose sur l'initiative privée. Nous avons besoin de jeunes qui créent, innovent et développent leurs entreprises.
Le Groupement du Patronat Francophone est à leurs côtés pour les accompagner dans leur développement international, en facilitant les rencontres entre entrepreneurs, chambres de commerce, organisations patronales et décideurs publics. Notre ambition est de renforcer les échanges économiques dans l'ensemble de l'espace francophone et de favoriser aussi bien les partenariats entre l'Europe et l'Afrique que les coopérations entre pays africains.
À l'horizon 2050, l'Afrique comptera une population comparable à celle de la Chine, dont près de 75 % auront moins de 35 ans. Cette jeunesse représente une formidable opportunité. Elle n'a pas besoin d'assistance, mais d'opportunités, d'investissements et de partenaires pour entreprendre, créer de la valeur et contribuer pleinement au développement du continent.
Enfin, quel message souhaitez-vous adresser à nos lecteurs et aux acteurs économiques francophones qui nous lisent aujourd’hui ?
