Le Maroc peut-il devenir un acteur de la transformation des minerais stratégiques en Afrique ?
Le Maroc accélère dans les matériaux pour batteries. Entre ressources minières, industrie et partenariats africains, le Royaume peut-il devenir un acteur de la transformation des minerais stratégiques ?
ÉCONOMIE
Rédaction Atlas Original
10/19/20264 min read
La transition énergétique et le développement de l'intelligence artificielle renforcent la demande mondiale en minerais stratégiques. Cuivre, cobalt, lithium, nickel et manganèse sont devenus des ressources essentielles pour les batteries, les réseaux électriques et plusieurs industries technologiques. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande mondiale de minerais critiques devrait continuer à progresser fortement d'ici 2040, avec notamment un triplement de la demande de lithium et une hausse importante pour le nickel, le graphite et les terres rares.
L'Afrique dispose d'un potentiel considérable dans ce domaine. Le continent abrite environ 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, mais ne représente qu'une part limitée des revenus issus de ces ressources. Pour la Banque africaine de développement, l'enjeu est désormais de faire de ces richesses un levier d'industrialisation, de création d'emplois et de transformation économique.
Dans ce contexte, le Maroc pourrait jouer un rôle particulier. Son expérience industrielle dans les phosphates, ses activités minières et ses investissements dans les matériaux pour batteries lui offrent une base pour se positionner sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
Des ressources africaines encore peu transformées


Le développement de la filière des batteries constitue déjà une illustration concrète de cette orientation. À Jorf Lasfar, l'unité industrielle de COBCO, portée par un partenariat entre AL MADA et le groupe chinois CNGR, marque une étape importante dans la production de matériaux destinés aux batteries électriques lithium-ion, notamment celles utilisées dans les véhicules électriques.
Le projet repose notamment sur la production de précurseurs NMC (matériaux intermédiaires utilisés pour fabriquer les batteries électriques. Ils contiennent trois métaux : nickel, manganèse et cobalt), ainsi que de matériaux de cathodes LFP (matériaux utilisés dans les batteries électriques, à base de lithium, fer et phosphate. Ils permettent de stocker et de restituer l'énergie.)
L'investissement global annoncé atteint 20 milliards de dirhams, avec une capacité cible de 120 000 tonnes par an pour les précurseurs NMC et de 60 000 tonnes pour les cathodes LFP. Le projet prévoit également des activités de raffinage de métaux critiques et de recyclage de batteries en fin de vie.
Cette évolution traduit un changement de logique. Il ne s'agit plus uniquement d'extraire ou d'exporter des matières premières, mais de développer des composants industriels destinés à des marchés technologiques. Le Maroc cherche ainsi à renforcer sa place dans les chaînes de valeur des véhicules électriques et du stockage énergétique.
Le Maroc mise sur les matériaux pour batteries
Le potentiel marocain ne se limite pas à son marché national. La position géographique du Royaume, ses infrastructures industrielles et ses relations économiques avec plusieurs pays africains pourraient favoriser des partenariats autour des minerais critiques.
L'idée serait de construire des chaînes de valeur complémentaires : certains pays africains disposent de ressources minières importantes, tandis que d'autres peuvent apporter des capacités de transformation, des infrastructures logistiques ou des compétences industrielles. Le Maroc pourrait contribuer à cette dynamique à travers le raffinage, la production de matériaux pour batteries, la recherche et le développement de partenariats industriels.
Cette perspective s'inscrit dans les discussions africaines sur la valorisation locale des ressources. En juillet 2026, la Banque africaine de développement a réuni à Abidjan des représentants des gouvernements, du secteur privé et des institutions continentales autour de la transformation des minerais critiques et de leur contribution à l'industrialisation.
Une ouverture vers les chaînes de valeur africaines


Au sein de la base industrielle de production de matériaux pour batteries électriques de COBCO
Le potentiel reste toutefois à concrétiser. Le Conseil économique, social et environnemental souligne que le secteur minier marocain demeure confronté à plusieurs contraintes, notamment la dépendance à certaines importations, les limites de la valorisation en aval et les besoins en financement des entreprises minières.
La transformation des minerais exige également des investissements lourds, des technologies avancées, une énergie compétitive et une gestion rigoureuse des ressources hydriques. À cela s'ajoutent les enjeux environnementaux et sociaux liés à l'exploitation minière.
Pour le Maroc, la question est donc de savoir comment transformer ses projets industriels en un véritable écosystème régional. La coopération avec les pays producteurs africains, le développement de compétences spécialisées et la capacité à proposer des produits à forte valeur ajoutée seront déterminants.
Des défis à relever pour changer d'échelle
Les investissements dans les matériaux pour batteries montrent que le Royaume dispose déjà de plusieurs atouts. La consolidation de cette position dépendra toutefois de sa capacité à s'imposer durablement dans une industrie où la concurrence internationale est de plus en plus forte.
Le Maroc peut-il devenir un acteur de la transformation des minerais stratégiques en Afrique ?
