L’économie créative marocaine : un moteur sous-estimé qui redéfinit la croissance
Selon un rapport de l’IFC publié en avril 2026, l’économie créative marocaine dépasse désormais la santé et les services financiers en matière de création d’emplois, révélant un potentiel stratégique encore sous-exploité.
ÉCONOMIE
Rédaction Atlas Original
7/7/20263 min read
Longtemps reléguées au second plan des politiques économiques, les industries culturelles et créatives marocaines s’imposent aujourd’hui comme un levier de croissance majeur. Le dernier rapport de l’International Finance Corporation (IFC) marque un tournant : non seulement ce secteur progresse rapidement, mais il surpasse désormais des piliers traditionnels comme la santé ou les services financiers en matière de création d’emplois. Une réalité qui oblige à repenser les priorités économiques du pays.
Avec plus de 116 000 emplois générés en 2023 et près de 43 milliards de dirhams de revenus, l’économie créative confirme son poids croissant dans le tissu productif national. Elle représente environ 2,4 % du PIB, un niveau comparable à des secteurs historiquement considérés comme stratégiques, tels que la logistique ou les industries extractives.
Mais au-delà des chiffres, c’est la nature même de cette croissance qui interpelle. Contrairement aux secteurs capitalistiques, l’économie créative repose sur le talent, l’innovation et la valorisation du patrimoine. Elle constitue ainsi un vecteur puissant d’inclusion, notamment pour les jeunes et les femmes, qui représentent respectivement une part significative des emplois du secteur.


Mode, design, arts vivants, artisanat, tourisme culturel : plusieurs segments affichent des performances remarquables. Certains, comme l’événementiel ou les arts de la scène, ont vu leurs revenus plus que doubler, tandis que la mode et le design enregistrent des croissances spectaculaires.
Cette vitalité témoigne d’un changement profond : la culture n’est plus seulement un marqueur identitaire, elle devient un actif économique.
À l’approche de la Coupe du monde 2030, co-organisée par le Maroc, les opportunités de visibilité internationale et d’investissements étrangers pourraient encore accélérer cette transformation.
Une dynamique portée par des filières en pleine expansion
Malgré son potentiel, l’économie créative reste largement marginalisée dans les circuits de financement. En 2021, elle n’a capté que moins de 0,5 % du crédit total accordé aux entreprises, et à peine 3 % des structures créatives ont eu accès à un financement externe.
Ce déficit révèle un décalage préoccupant entre la réalité économique du secteur et sa perception par les institutions financières. Jugé risqué, souvent informel et difficile à évaluer, il peine à bénéficier d’outils adaptés, notamment en matière de financement basé sur la propriété intellectuelle.
Un paradoxe structurel : un secteur dynamique… mais sous-financé


L’enjeu est désormais clair : transformer cet élan en stratégie durable. Le rapport de l’IFC plaide pour la mise en place d’une politique nationale dédiée, incluant la création de hubs créatifs, le renforcement du cadre juridique et des mécanismes de financement spécifiques.
Plus largement, il s’agit de changer de regard. L’économie créative ne doit plus être perçue comme un secteur périphérique, mais comme un pilier à part entière du développement.
Dans un contexte où les modèles économiques traditionnels montrent leurs limites, elle offre une alternative fondée sur la valeur immatérielle, la diversité culturelle et l’innovation.
Faire de la créativité une priorité politique
Le Maroc dispose d’atouts indéniables : une richesse culturelle reconnue, une jeunesse créative et une position géographique propice aux échanges internationaux. Encore faut-il structurer cet écosystème pour en faire un véritable moteur de croissance.
Car derrière chaque œuvre, chaque création, il y a bien plus qu’une expression artistique : il y a un emploi, une entreprise, et potentiellement, une nouvelle trajectoire économique pour le pays.
Une opportunité stratégique pour le Maroc
