Tourisme rural au Maroc : entretien avec Mohammed Feroual, Président du RDTR

Mohammed Feroual, Président du Réseau de Développement du Tourisme Rural (RDTR), revient sur la mission du réseau, ses actions et les perspectives pour un tourisme rural durable au Maroc.

TOURISME

Rédaction Atlas Original

3/11/20266 min read

Mohammed FEROUAL

Président du RDTR

Créée pour valoriser les territoires ruraux marocains à travers un tourisme responsable, le RDTR œuvre depuis plusieurs années à renforcer les capacités locales, promouvoir les initiatives communautaires et accompagner les acteurs du terrain vers un développement durable et inclusif.

Dans cet entretien, Mohammed FEROUAL, président du RDTR, revient sur la mission du réseau, les défis du tourisme rural au Maroc, ainsi que les perspectives d’avenir pour des territoires riches de leur patrimoine naturel, culturel et humain.

M. FEROUAL Mohammed - AGO élective janv 2026

Le RDTR, créé en mai 2011, est né d’une volonté commune des acteurs locaux et régionaux pour structurer et organiser le secteur du tourisme rural, particulièrement dans la région Souss-Massa. Notre mission est de faire reconnaître le tourisme rural comme un produit à part entière, créateur de valeur et de cohésion sociale, tout en luttant contre l’exode rural.

Pour ce nouveau mandat, nos priorités s'articulent autour de cinq axes stratégiques majeurs :

  • La consolidation de la capacité institutionnelle.

  • Le développement de circuits touristiques innovants.

  • L’accompagnement et la formation continue des acteurs.

  • La promotion de la qualité et du développement durable.

  • L’appui à la commercialisation et à la promotion digitale.

Pour les lecteurs qui découvrent le Réseau de Développement du Tourisme Rural (RDTR), pouvez-vous nous présenter brièvement sa mission, son rôle dans le paysage touristique marocain et les grandes priorités stratégiques de votre nouveau mandat ?

Secrétaire Général - AGO élective 2026

Ma réélection à l’unanimité renforce avant tout ma responsabilité de porter une vision collective et partagée du développement durable. Elle traduit la confiance des membres du réseau, mais aussi une attente forte : poursuivre et amplifier le travail engagé en faveur des territoires ruraux.

Je considère cette fonction non pas comme une position, mais comme une mission. Mon engagement est clair : faire du tourisme rural un véritable moteur de développement responsable et porteur d’avenir pour nos territoires.

L’objectif est de réduire les inégalités territoriales en valorisant la richesse naturelle, culturelle et humaine de l’arrière-pays, tout en améliorant concrètement les conditions de vie des populations locales.

Le tourisme rural n’est plus un tourisme secondaire ni complémentaire au balnéaire. Il répond aujourd’hui aux nouvelles attentes des voyageurs : authenticité, immersion, rencontres humaines et respect de l’environnement. Notre rôle est d’accompagner cette évolution, de structurer la filière et de consolider la place du RDTR comme interlocuteur reconnu, à la fois au niveau national et international.

Plus que jamais, nous croyons au travail collectif : « L’union fait la force » demeure notre leitmotiv pour fédérer l’ensemble des acteurs (professionnels, institutions, associations et porteurs de projets) autour d’une même ambition : un tourisme durable, inclusif et territorialement équilibré.

Votre réélection à l’unanimité à la présidence du RDTR traduit une forte confiance. Quelles responsabilités cela implique-t-il pour vous et quelle vision portez-vous pour le développement du tourisme rural au Maroc ?

AGO 2025 - siège RDTR

Plusieurs actions récentes marquent un véritable tournant pour le réseau, avec le passage d’une logique de promotion à une approche d’écosystème territorial. L’accompagnement et la professionnalisation des acteurs ont été renforcés à travers des formations, ateliers pratiques et suivis personnalisés pour améliorer l’accueil, la gestion et la commercialisation des offres.

Le lancement de l’« Oxygène Week » a permis d’ouvrir un nouveau marché en intégrant le teambuilding et le tourisme de proximité. Parallèlement, des ateliers ciblés (poterie, photographie mobile, expérience client) apportent des compétences directement applicables sur le terrain.

Une stratégie digitale active (création de contenus, référencement de Visit Rural Morocco et collaborations avec des créateurs nationaux) a généré plus de 15 millions de vues, offrant une visibilité inédite à des territoires comme Tata ou la vallée d’Arghen.

En parallèle, le développement de produits touristiques (circuits thématiques, écotourisme, activités de pleine nature, artisanat) vise à transformer la visite en expérience complète.

Les résultats sont déjà visibles : meilleure visibilité des adhérents, hausse de la fréquentation, revenus complémentaires pour les familles et avancées concrètes en matière de développement durable (énergies renouvelables, valorisation des coopératives féminines).

Au-delà des chiffres, l’impact est avant tout humain : le tourisme rural contribue à maintenir les populations dans leurs territoires, à valoriser les savoir-faire locaux et à limiter l’exode rural.

Parmi les actions menées récemment, notamment en matière d’accompagnement des territoires, de professionnalisation des acteurs et de promotion, lesquelles vous paraissent aujourd’hui les plus structurantes et quels impacts concrets observez-vous déjà sur les communautés rurales ?

AGO élective - Photo de groupe

Le tourisme rural marocain fait face à plusieurs défis majeurs, dont,

  • la reconnaissance réglementaire qui reste insuffisante : le cadre juridique, inspiré de l’hôtellerie classique, ne s’adapte pas toujours aux bâtis traditionnels sans en altérer l’identité.

  • La commercialisation : L’offre s’est développée, mais beaucoup de structures peinent encore à accéder aux marchés et aux circuits de distribution touristique. La compétitivité passe désormais par la visibilité digitale, la réservation en ligne et la capacité à proposer une véritable expérience touristique.

  • La professionnalisation : formation continue, digitalisation et qualité de service sont désormais des standards incontournables.

  • La main-d’œuvre : former localement et valoriser les métiers du tourisme rural. 

  • Et la durabilité : moderniser l’offre tout en préservant authenticité et équité. Cependant, malgré ces défis, le potentiel reste immense.

Mon message aux porteurs de projets est simple : le tourisme rural est aujourd’hui l’un des secteurs d’avenir au Maroc. Les voyageurs recherchent désormais l’expérience humaine avant l’infrastructure. Ce qui fera la différence ne sera pas seulement l’investissement matériel, mais l’authenticité, la qualité d’accueil et l’implication locale. Le progrès individuel contribue à la réussite collective.

En rejoignant cette dynamique et en adoptant des pratiques responsables, nous pouvons transformer nos territoires en véritables destinations d’excellence. Le RDTR est justement là pour accompagner, structurer et sécuriser ces initiatives.

Face aux enjeux de compétitivité, de durabilité et d’inclusion, quels sont selon vous les principaux défis du tourisme rural marocain et quel message souhaitez-vous adresser aux porteurs de projets et acteurs engagés dans ce secteur ?

Aujourd’hui, le RDTR est un réseau solide et en pleine expansion. Il regroupe 484 membres issus de divers métiers du tourisme rural (hébergements, coopératives, guides, artisans et porteurs de projets locaux). L’adhésion est volontairement simple afin d’encourager les initiatives locales : une demande auprès du réseau, quelques documents administratifs et une cotisation annuelle symbolique de 500 DH.

Pour les hébergements, une autorisation ou une régularisation en cours est requise, afin de garantir qualité, sécurité et crédibilité collective. L’objectif n’est pas d’exclure, mais d’accompagner les porteurs de projets vers la conformité et la professionnalisation.

L’adhésion apporte des avantages concrets, en plus du réseautage et de la labellisation :

  • La visibilité : les membres sont référencés sur le portail Visit Rural Morocco et bénéficient d’une présence dans les brochures, cartes touristiques et supports digitaux du réseau, ainsi que sur ses réseaux sociaux. Cela permet à des structures souvent situées dans des zones éloignées d’accéder à un public national et international.

  • L’accompagnement : le RDTR assiste les porteurs de projets dans le montage et la structuration de leurs activités, propose des formations à tarifs préférentiels et accompagne la transition digitale (communication en ligne, réservation, promotion).

Adhérer au RDTR, c’est rejoindre une force collective de proposition et d’entraide entre professionnels. Les structures peuvent également accéder au label qualité et environnement du réseau, véritable gage de crédibilité et de confiance auprès des visiteurs et des partenaires. Au-delà des services, rejoindre le RDTR signifie surtout intégrer une communauté engagée pour un tourisme responsable, solidaire et durable au service des territoires.

Pour plus d’informations : https://rdtr.ma/

Aujourd’hui, où en est concrètement le RDTR : combien compte-t-il d’adhérents, quelles sont les démarches pour rejoindre le réseau, et quels sont les principaux avantages pour les professionnels ou porteurs de projets qui souhaitent y adhérer ?

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